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EAUX COMMUNES
Recherche sur le bassin versant de la Risle
Bernay Terres de Normandie
(27), France  
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Programme Etude prospective sur des friches industrielles au sein de l'intercommunalité de Bernay-Terres de Normandie. Date  2023 - 
Mission  Concours Europan 17, Villes vivantes(2) - Projet finaliste 

Equipe projet  Atelier Mas + Oscar Schlumberger, architecte-urbaniste

 - Maîtrise d'ouvrage  CC Bernay Terres de Normandie

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    L’intercommunalité de Bernay-Terres de Normandie se déploie au sein d’un réseau hydrographique qui constitue un territoire en mouvement perpétuel : le bassin versant Seine-Aval.
Espace de vie végétale, animale et humaine, le bassin versant structure par ses eaux les milieux qu’il traverse autant qu’il peut les perturber. Le bassin versant est lui-même continuellement malmené par l’anthropocène, où l’humain s’est attelé au fil des temps à le contrôler, le recouvrir, l’imperméabiliser, le polluer.

En considérant la multiplicité des milieux qui y cohabitent, une perspective biorégionale s’impose pour penser le futur des vallées de la Risle et de la Charentonne au sein de leur bassin versant.  



Qu’est-ce qu’une biorégion ?
    Une biorégion est «un « lieu de vie » qui possède un ensemble de caractéristiques géographiques, climatiques, hydrologiques et écologiques.  Comme l’énonce également Mathias Schaffner, cette approche globale et inclusive «[rend compte] de l’extraordinaire diversité des continuités (géologiques, historiques, écologiques, artisanales) qui composent ce bassin de vie, ainsi que les identités collectives – à la fois naturelles et culturelles – qui ont façonné les manières d’y habiter» (Les veines de la Terre. Une anthologie des bassins-versants, Marseille, Wildproject, 2021). 

     Les vies humaines, la faune et la flore se déploient sur les bassins versants depuis des millénaires. C’est pourquoi cette échelle biorégionale amène dans un premier temps à explorer comment les différents usages de l’eau ont façonné les patrimoines du bassin versant de la Risle-Charentonne. Au sein du projet des Eaux communes, la biorégion sera déterminée par les vallées de l’intercommunalité de Bernay au sein du bassin versant Risle-Charentonne.  
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Face à l’horizon du risque, comment les friches industrielles de la vallée de la Risle-Charentonne vont se métamorphoser, autour des différentes relations à l’eau des patrimoines vivants du bassin versant et des usages qui en découlent ?

 
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  Un territoire, des patrimoines
     La perspective biorégionale nous amène à considérer les différents milieux qui constituent le bassin versant Risle-Charentonne comme des patrimoines en mouvement dans un espace-temps local, avec chacun son histoire et son récit propre articulé autour de l’eau.  

C’est pourquoi au sein de notre proposition Eaux communes,
notre conception du patrimoine va être protéiforme. Elle considère le patrimoine hydraulique des cours d’eau et de ses aménagements,  le vivant humain et non humain; les bois, forêts, champs, prairies, comme le bocage normand et la biodiversité qu’il abrite, ses sols et sous-sols ; les pratiques et savoir-faire agricoles de la biorégion ; mais aussi le patrimoine bâti, résidentiel et industriel, en considérant les matières et savoir-faire locaux; les pratiques sociales et modes d’habiter articulés autour de centralités référentes du territoire (champs et vergers, berges, usines, moulins, centre bourg). 


     Ainsi ces patrimoines sont vivants (humain.e.s, faune et flore), géologiques (topographie, sols et sous-sols) sociaux, économiques et bâtis. Ils cohabitent dans le même bassin versant, où leurs interactions font ainsi évoluer leur biorégion. Leur étude nous permettra également d’envisager les mutations à venir du territoire.

Métamorphoses des patrimoines 
     Bernay-Terre de Normandie nous invite à découvrir le territoire de la vallée à travers ses emprises industrielles, désormais inactives et offrant donc des espaces et des sols disponibles pour accueillir les mutations en cours à venir du bassin versant Risle-Charentonne. 

Ces sites ont comme point commun leur proximité à l’eau. En effet, le développement industriel s’est basé sur l’exploitation de l’eau comme source d’énergie, dans la vallée de la Risle comme ailleurs. La présence de l’eau, son débit et ses niveaux de crues sont les éléments essentiels sur lesquels se sont constituées les établissements humains, initiant ainsi la construction d’un territoire progressivement anthropisé.  


 
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    Nous avons essayé de saisir les enjeux, les mises en danger mais aussi les potentiels de ce patrimoine bâti à partir d’un projet de territoire qui met en parallèle deux temporalités de projet : la temporalité du vivant et la temporalité du pilotage opérationnel. 
Les développements proposés vont s’appuyer sur le temps, ici à la fois héritage historique et fiction prospective, le déjà-là du territoire du bassin versant Risle-Charentonne, mais aussi le maillage d’acteur.ices qui l’animent et la gouvernance que cela nécessite.

I.   A l’échelle d’une
stratégie territoriale considérant la biorégion que peut constituer le bassin versant Risle Charentonne, nous souhaitons expérimenter un projet de territoire qui tend à soigner et garantir une cohabitation des vivant.es et de leurs habitats, en suivant le cycle de l’eau. Cette stratégie d’action s’appuierait sur un outil appliqué à l’échelle communale au travers d’un Schéma de Cohérence Territorial-Biorégional (SCOT-B).

  II.     A l’
échelle de la vallée,
les friches industrielles vont se transforment d’espaces inertes en infras-tructures essentielles contribuant à la vitalité d’un milieu en perpétuelle mutation. A travers la création de micro équipements publics, les sites peuvent former un réseau de laboratoires permettant d’expérimenter les relations à l’eau et au risque, et de découvrir la biodiversité du territoire. 
 III.  Enfin, à l’échelle de la friche industrielle de  Petit-Nassandres, nous allons scénariser la création progressive d’une coopérative locale à partir de l’utilisation du droit d’eau. La métamorphose de la friche s’appuiera sur la mémoire des lieux et des pratiques antérieures pour s’adapter aux enjeux contemporains. 

Nous nous sommes interrogé.es sur les
entreprises humaines que cette énergie pourrait animer, à partir d’un moulin à eau remis en fonctionnement, tout en suivant une stratégie territoriale respectueuse du vivant ? 

La nécessité de trouver des hypothèses économiques, de financement, de gestion et de gouver-nance de ces sites va permettre d’
élaborer des situations inédites de coopération, menant parfois à des inventions programmatiques, afin de proposer un nouvel imaginaire œuvrant pour plus de justice écologique, sociale mais aussi spatiale au sein du bassin versant Risle-Charentonne.
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-I L’eau comme bien commun : hypothèses d’actions pour une stratégie biorégionale pluri-scalaire

L’ Eau, le vivant et le(s) risque(s) : Eau menacée et eau menaçante.
        L’eau est à l’articulation de différents enjeux contemporains : elle porte les stigmates d’un déve-loppement industriel et agricole souvent inconsidéré (pollutions des sols), révèle les dérèglements climatiques (sécheresses et risques d’incendies, inondations), porte les espoirs de sauvetage et de développement d’une diversité biologique en péril, tout en offrant une qualité à nos cadres de vie par sa présence dans le paysage et les usages récréatifs qui lui sont associés. 

       Une relation d’ambivalence surgit alors. A la fois richesse et puissance destructrice, fluctuant entre impétuosité et aridité, elle suscite à la fois l’attrait et la crainte, le désir et la peur. En effet, à une fréquence inédite et exponentielle, les nombreuses conséquences de anthropocentrisme se lisent à travers l’eau. Qu’elle soit polluée, qu’elle monte, déborde, ou qu’elle se raréfie, ses manifestations nous renvoient inexorablement vers un horizon du risque et de dégradation des milieux naturels.

Un projet de territoire : un SCOT Biorégional 
      Le vivant -humain, la faune et la flore, qui habitent les différents niveaux des vallées de la Risle et de la Charentonne entretiennent avec l’eau une relation propre, tissée selon différents niveaux de dépendances. Soigner et valoriser le parcours de l’eau face aux dérèglements climatiques générés par l’anthropocène demande donc d’agir, à toutes les étapes de son  cheminement, pour assurer la pérennité des eaux qui font  la richesse et l’identité de ce territoire. 

      Puisque l’eau irrigue toutes les dimensions du territoire, les arbitrages d’aménagement du territoire devront prendre en compte ces différentes destinations, relations de dépendances, et situations de fragilités du patrimoine vivant.
       L’intercommunalité Bernay-Terres de Normandie est l’entité permettant de fédérer les acteurs.ices varié.e.s du territoire autour d’une politique collective prescriptive de préservation de l’eau et donc du vivant (risque/action). 
       
Cette stratégie tente d’embrasser la nature protéiforme de l’eau, et doit combiner : politique agricole, gestion des espaces boisés, systèmes d’assainissement, maintien de la bio-diversité, entretien et renaturation des cours d’eau, restauration et valorisation du patrimoine hydraulique du territoire. 
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-II L’hypothèse biorégionale : Développer une culture de l’eau, de ses risques et de sa biodiversité grâce à ses friches industrielles.

Dans  un premier temps, ces  sites industriels inactifs  de la vallée vont être interrogés dans leur potentielle mise en relation. Quelle stratégie commune permettrait d’offrir à ces lieux une fonction à l’échelle du bassin versant et/ou à travers le territoire de l’intercommunalité ? 

      Les anciens sites industriels forment une réticulation dense et répartie de façon continue sur l’ensemble du territoire. Ils représentent une constellation potentielle, ne faisant sens que dans leur multiplicité donc par leur mise en réseau. Ainsi,
à partir de la colonne vertébrale formée par la Risle et la Charentonne vont être proposés au fil de l’eau des équipements publics, pour sensibiliser aux différents enjeux de gestion, risques et aléas qui animent le bassin versant.  

      Ces architectures vont prendre plusieurs formes au sein d’anciennes industries inactives le long de la Risle. Elles auront pour fonction d’éprouver différentes relations à l’eau, à ses milieux et ses risques : s’immerger-s’exposer, observer-étudier, se protéger-s’éloigner. Elles permettent ainsi d’envisager une architecture de la résilience, de la prévenance, de l’endurance et de la protection.
Laboratoires d’expérimentations, les anciens sites industriels en métamorphose cesseront alors d’être des boites fermées/imperméables pour se transformer en un lieu flexible d’interconnexions et d’échanges autour des enjeux liés à l’eau. Leurs activités sont alors à croiser avec la spécificité les lieux dans lesquels ils s’implantent, notamment quant à leur risque d’inondabilité. En ce sens, les programmations diffèrent d’un site à un autre et sont contextualisées.

      Elles ont
une valeur collective, dans la construction d’un intérêt public des milieux habités par tou.s.tes les vivant.e.s. Les scénarios climatiques permettent de redéfinir ces sites comme des infrastructures vitales au fonctionnement du territoire construisant une culture de l’eau,  à l’échelle biorégionale du bassin versant, de la vallée du Risle et de la Charentonne ; et dans l’épaisseur de la commune et du village. Ici mises en scène sur les 4 sites proposés par Bernay-Terres de Normandie, elles se répondent sur le territoire et pourraient se démultiplier.

Elles relèveront du domaine public pour être accessibles par toutes et tous. Pour cela, chacune de ces programmations nécessite une complémentarité opérationnelle possible entre une occupation publique des espaces dédiés aux enjeux de l’eau sur un parcellaire privée. Selon les cas, un système de rachat ou de bail emphytéotique sera à envisager.
 
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-III Friche de Petit Nassandre, Serquigny : Expérience de coopérative à partir de l’utilisation du droit d’eau.

Dans un contexte élargi de sortie des énergies fossiles comme dans celui, plus rapproché, des pénuries d’énergies engendré par le conflit militaire en Europe, la ressource énergétique que représente le débit de la Risle et de la Charentonne retrouve toute sa valeur. Le droit d’eau, délivré par l’État à des personnes privées depuis le 17éme siècle, pour permettre d’exploiter l’énergie d’un commun, l’eau, pourrait bien constituer un puissant levier pour redonner de l’attractivité à ces sites industriels et impulser leur transformation. 
Quelle forme prendrait cette exploitation légère de la richesse que représente le débit d’eau, à partir des ouvrages hydrauliques qui ponctuent la vallée de la Risle ? 

A partir de l’utilisation de son droit d’eau, du domaine privé, le site de Petit Nassandre  va permettre d’expérimenter un modèle de coopérative autour de l’eau comme bien commun. Y cohabiteront des programmations métamorphes à partir de traces antérieures ou déjà engagées aussi au présent. 

La métamorphoses à l’oeuvre sur cette friche opère dans un tissu rural diffus, où les modes d’habiter et de sociabilité étaient articulés autour de l’usine. 

La métamorphose est la dynamique du vivant. Elle opère à partir d’une situation d’antériorité: des traces qui restent ou que l’on réactive en les actualisant, mais aussi des hybridations voire des transfigurations totales, et ce à partir d’un déjà-là porteur d’un devenir opérant par soustraction et addition. 


 
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Le projet des Eaux communes s’articule autour des métamorphose passées et en cours des patrimoines présent sur le site industriel , pour mettre en récit son avenir, et le mettre à contribution à l’échelle du  bassin versant.

Trois temps sont expérimentés : un premier acte immédiat qui conditionne l’installation du scénario, un second acte de développement à partir de la ressource énergétique et économique permise par la réouverture du moulin, puis un troisième temps de programmation complémentaire.


La coopérative élémentaire autour de l’eau deviendra aussi la coopérative du logement pour une offre de logement abordable opérant par dissociation du foncier et du bâti, par le biais de Baux Réels Solidaires en rejoignant le réseau des Office Foncier Solidaire en Normandie, (métamorphose des logements ouvriers périphériques), de la location des ateliers (formation bois, savoir-faire locaux et ses matières), de la culture maraîchère périphérique et de l’observation-soin du vivant environnant.


 
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