Le Regain 
Le regain est l'herbe qui repousse dans les prairies après la première fauche. Il désigne aussi le foin obtenu à la deuxième coupe, voire à la troisième coupe, qui est de meilleure qualité que la première coupe, même si son rendement est plus faible.
" Le regain " is the first grass growing back in the pastures after the first mowing. It also refers to the hay obtained at the second, or even third cut. It is better quality than the first cut, even if its yield is lower.
L'externalisation partielle des activités économiques hors de la ville a commencé au milieu du XIXème siècle avec l'essor industriel. Les villes sont alors passées d'un métabolisme circulaire ancestral à un métabolisme linéaire qui résulte de leurs spécialisation socio-spatiales et de la  séparation entre les activités de production et les activités d'échange. L'économie productiviste, symbole en partie de la ville de Cherleroi, s'essouffle et n'est plus aujourd'hui qu'une industrie chétive, laissant en héritage une pollution importante. Celle-ci doit muter, évoluer et changer d'échelle pour mieux répondre aux besoins de notre époque. En attendant elle laisse derrière elle tous les stigmates de la ruine d'un modèle social et économique autrefois florissant.
Le modèle de la Cité-Jardins, pensé par Howard en 1898, nous apparaît pertinent pour panser les “chancres industriels”. Par cette transition douce, d’un paysage industriel à l’abandon vers un paysage d’agriculture productive, support de nouvelles activités et d’équité entre ville centre et lieux de production, nous souhaitons amorcer une transformation profonde et systémique. L’objectif final étant de muter le métabolisme de la ville vers des circuits courts par le biais de l’économie circulaire et du développement durable.
Le modèle d’Howard peut aujourd’hui s’enquérir de la problématique urbaine contemporaine : celle de construire sur la ville existante, de composer avec le « déjà-là » des villes-centres et des franges de Charleroi. Cette renaissance est emblématique d’un changement d’époque, d’une nouvelle approche de la nature en milieu urbain où il devient urgent de préserver la biodiversité menacée par l’expansion des villes et de reconquérir des espaces naturels essentiels pour le loisirs, la production agricole et la qualité de vie de tous.
La ville de Charleroi est propice à l’établissement d’une cité-jardins contemporaine, incluant la population existante dans un processus de reconquête des terrains industriels, rapprochant producteur et consommateur, et définissant des relations et des usages communs le long de la Sambre  et du canal. Pour cela, un processus est à mener, ménageant actions primordiales et inflexions sur le temps long. 

 
The partial outsourcing of economicactivities outside the city began in the middle of the 19th century with the industrial boom. Cities moves from an ancestral-circular metabolism to a linear metabolism, resulting in the spatial separation of production and exchange and creation of a new specific urban planning. However, Charleroi, the symbol of productivist economy, is nom running out of steam. The industries are slowly shutting down, leaving behind industrial ruins and substantial pollution: our legacy. Charleroi has to evolve and change scale in order to meet the needs of our time. In the meantime, we can behold the ruins and remnants of the social model and a previously flourishing economy.
The Garden-city, designed by Ebenezer Howard in 1898, becomes particularly relevant for questioning Charleroi’s industrial landscape. We propose a smooth transition, from an abandoned industrial land to a productive agricultural landscape, supporting new activities and equity between the city centre and the places of production. We wish to initiate a deep and systemic transformation. The ultimate objective is to shift the city metabolism towards a circular economy, encouraging local exchange and sustainable development.

Howard’s model brings an enlightening perspective on our contemporary urban issues and our challenge to design within existing cities and obsolete urban configuration. This renaissance is emblematic of a changing era, where the reintroduction of nature into our urban areas is now becoming essential to preserve biodiversity, pushed away by the rapid growth of our cities. Our approach is to reclaim natural spaces for leisure, agricultural production and the quality of life for all.
The city of Charleroi is conducive for the establishment of a contemporary garden city,  integrating the local population in the process of reclaiming their industrial land, bringing together producers and consumers, and defining common relationships and wishes along the Sambre river and the canal. We propose a strong strategy for this purpose, stimulating primordial initiative and preparing long term changes.
 
Phase 1 / 2020 – 2025
 
Déconstruction, stockage et réemploi des matériaux du site
Le propriétaire Carsid, devenu aménageur, a pour mission le démantèlement des structures bâties. Nous pensons qu’il est d’ores et déjà possible de mettre en place un usage vertueux des matériaux durant cette phase de démolition. La vaste zone concernée par l’étude permet une architecture de stockage temporaire et nécessite la mise en place d’un réseau de tri et de redistribution pour un usage local. Le savoir-faire acquis pendant cette phase de travaux sera conservé par l’implantation d’une activité à but d’emploi économique spécialisée dans ce domaine.

Dépollution in-situ des sols
Actuellement, une grande partie du site est imperméabilisé par de grandes dalles béton servant d’assise à des structures métalliques colossales. Quand le sol n’est pas bétonné, ce dernier est pollué par tous les éléments stockés en extérieur et issu de la transformation de l’acier. A nos yeux, l’enjeu majeur est de se libérer en grande partie de l’emprise industrielle pour rendre à nouveau perméable le sol. L’autre enjeu, est celui de la dépollution adaptée aux usages futurs. Nous adoptons une stratégie temporelle pour une dépollution in-situ des sols et ainsi assumer cette tâche sans relégation.
Les sols les plus stratégiques (les trois cheminées d’agglomération de minerais et la halle Carsid) sont excavés pour offrir une transformation rapide des usages. Leurs terres sont agglomérées en nouveaux terrils qui subiront une dépollution in-situ par les plantes, cette topographie accélérant le processus. Selon le type de pollution rencontrée, la dépollution se fera par phytoextraction (récolte de la biomasse enrichie en polluants) ou par phytodégradation (dégradation des polluants par la plante elle-même).

Gestion du foncier sur le long terme
Cette première phase sera l’occasion d’un découpage parcellaire de l’ensemble du site. Sur les sites des trois cheminées et de la halle, Carsid mènera son rôle d’aménageur en vue de l’implantation ultérieure d’une pépinière dédiée au lancement d’entreprises en accord avec les objectifs du Plan CATCH : les lieux étant propices au développement des biotechnologies et des entreprises du numérique. L’usage primant sur la propriété, le foncier de la zone d’étude étendue sera découpé en parcelles à usage agricole (maraîchage) au fur et à mesure de leur dépollution in-situ effective. La conclusion de baux temporaires (jardins ouvriers) sera nécessaire pendant le temps long de gestion de la dépollution par Carsid. A terme, l’ensemble du foncier pourra être céder à la ville qui disposera d’un parc paysager et de foncier agricole à concéder à des particuliers ou à des associations.
Phase 2 / 2025 – 2035
 
Franchissements et dessertes locales douces
Chaque terril créé sera l’opportunité de faciliter les liaisons entre les différentes pièces d’un site puzzle. Leur topographie stratégique sera support de passerelles permettant de franchir l’ensemble des obstacles d’infrastructures et de voies navigables pour offrir des circulations transversales destinées aux mobilités douces et aux engins agricoles légers. La N90, épine dorsale du site, restera l’axe de circulation principal pour les véhicules motorisés. Enfin, à l’est de la halle, une nouvelle station de Métro Léger, un temps envisagé sous le nom de Tréfilerie, sera créée afin de desservir les nouvelles activités.
L’agroforesterie support de biodiversité
Nous voulons faire de ce site un parc paysagé, capable d’héberger de l’agriculture urbaine sous différente forme, afin de créer un paysage de bocage dans la ville, un milieu propice à la biodiversité. Une maille d’arbres ordonnent des parcelles agricoles céréalières et maraîchères. Ces plantations débutées dès la première phase assurent une dépollution souterraine des sols. Associés à l’agriculture et à un réseau de fossés, ils enrichissent les sols, luttent contre l’érosion et atténuent les effets du changement climatique. Ils recomposent un paysage boisé, un milieu qui nourrit et abrite la faune sauvage en lui permettant de circuler, ralentissent la vitesse du vent, procurent de l’ombre, filtrent l’eau, diminuent les effets d’inondations et enfin délimitent et protègent les parcelles.
Une production d’énergie locale
A l’instar de la volonté d’Howard, les entre-deux de Charleroi sont à même d’accueillir les industries, ou activités, génératrices d’énergies pour la ville. Le projet prévoit la création d’une station de méthanisation proche de Marchiennes-au-pont. Cette dernière doit s’inscrire dans le cercle vertueux du développement durable et de l’économie circulaire. Elle collectera en effet les déchets organiques de l’agriculture en agroforesterie environnante ainsi que ceux des villes de l’agglomération de Charleroi. A ce titre, un réseau de ramassage spécifique devra être mis en place. La méthanisation produira du gaz utilisable pour la centrale TGV, réduisant les importations fossiles. De plus, les composants résiduels de la méthanisation serviront d’engrais naturels pour l’agriculture biologique environnante.
Phase 3 / 2035– 2050
 
Les invariants paysagers
Il nous apparaît comme primordial de ne pas se séparer des vestiges du passé industriel de Charleroi. Le haut fourneau et les invariants tels les cheminées ou la tour de refroidissement seront conservés. Par ailleurs, la portée de la grande halle est propice aux évènements mais aussi aux activités tertiaires développées dans le Plan CATCH. Enfin, le nouveau paysage dessiné sera ponctué de sculptures urbaines issus du fond de la ville de Charleroi.
Agriculture et activités économiques
A terme, le foncier libéré et dépollué sera le terrain d’une agriculture biologique créant de nouveaux emplois durables, issus des méthodes et pratiques qui répondent à des savoir-faire. Celle-ci implique d’être en accord avec l’environnement et la biodiversité, et impose d’entreprendre le travail du milieu afin d’y instiller un équilibre écologique durable. La transformation des produits de la terre est une autre opportunité de création d’emplois localisés dans le territoire pour générer une économie circulaire. Les marchandises issues de la transformation des produits de la terre useront des infrastructures existantes (fer et eau) pour alimenter les agglomérations voisines.
 
Le jardin ouvrier, accroche sociale
Enfin, la dernière étape de la mise en route du site se fera par l’activation des jardins ouvriers. Vecteurs de lien social, ils dynamiseront le site sur des temporalités où les activités économiques sont au repos. Ils peuvent aussi être le support d’un accompagnement social pour la réinsertion professionnelle et la participation des habitants à la requalification du site en développant une solidarité populaire autour du travail de la terre.
La cité-jardins de demain
La relecture d’Howard à l’heure du développement durable, offre les clés pour une solution d’avenir face au phénomène de désindustrialisation. Par ces instruments évoqués, c’est à la fois une ville durable et support d’une nouvelle économie circulaire qui peut advenir à Charleroi. Les grands fonciers industriels de Carsid sont donc une opportunité de reconversion de la ville. Nous proposons ici une stratégie et un jeu d’acteurs qui se trouvent en accord avec le schéma de développement stratégique de Charleroi pour mettre en œuvre le Plan CATCH. La transformation majeure du site vers un lieu de production agricole apporte une réponse à la fois globale aux enjeux de notre génération et locale sur le site élargi. Cette cité-jardins de Charleroi traduit au quotidien la volonté d’une nouvelle société, plus juste et à l’écoute des besoins des êtres humains, pour retrouver les habitudes ancestrales de la vie en communauté, joyeuse et débonnaire.
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